Marie Jill Nelson – Episode 8

Suite de l’épisode 7 : I want my sugar daddy.

  • Eh ben ! Mais qu’est-ce que vous fichiez Jean-Pierre ! J’ai cru que vous ne reviendriez pas !
  • Le voiturier ne retrouvait plus mes clés, puis il ne retrouvait plus ma voiture et ensuite… Je ne retrouvais pas mon portefeuille.
  • Quelle vie de dingue vous avez, Jean-Pierre… C’est bien, mais maintenant il faut payer. Je dois rentrer, mon chéri doit être inquiet.
  • Tatiana, je… Je ne l’ai pas retrouvé.
  • Quoi ?
  • Je n’ai pas retrouvé mon portefeuille.
  • Ok… On se calme, on va trouver une solution. Faîtes voir votre montre ?
  • Tatiana, on ne peut pas payer avec une montre… Nous ne sommes pas dans un film, voyons ! Je vous en prie, payez, je vous rembourserai !
  • Dîtes donc, Jean-Pierre, vous n’essayeriez pas de m’escroquer par hasard ? Je vous rappelle que vous n’avez plus de portefeuille ! Débrouillez-vous. Moi je vais me coucher. Cette soirée m’a tué. Bonne nuit, Jean-Pierre.

Je me suis levée et je suis partie. Avant de quitter l’hôtel, je me suis retournée, et j’ai vu mon Jean-Pierre entrain de s’expliquer, rouge de honte, piteux et bafouillant, avec le directeur et un autre type à l’air peu engageant. Il faisait de grands gestes avec les mains, montrait ses chaussettes puis ses chaussures, qu’il s’apprêtait à remettre quand ils sont arrivés, puis sa montre, et enfin, pointa un index accusateur vers moi.  Je ne pouvais décemment pas le laisser. L’ancienne avocate que j’étais se disait que tout homme a droit à une seconde chance. Même les types louches comme Jean-Pierre.

  • Laissez cet homme ! Ai-je crié. Je le connais. C’est mon ami. Je vais payer pour lui. Laissez-le partir.

J’ai payé cette note (qui équivalait un peu à la dette extérieure du Bénin) et on est sortis. Mais je préférais tout de même garder ses chaussures, en otage.

  • Voiturier ! La Bentley noire, s’il vous plaît.
  • Tout de suite, monsieur.
  • Tatiana, pourquoi ne me rendez-vous pas mes chaussures, maintenant ? Je suis fatigué de tout ça.
  • Je vous les rendrai quand vous m’aurez remboursé.
  • Vous savez Tatiana, rien ne m’oblige vraiment à vous rembourser.
  • Ah ah ah. Sacré Jean-Pierre.
  • Vous réclamez toujours l’égalité des sexes. Les mêmes salaires, les mêmes droits, les mêmes postes, mais les additions ? Vous en faites quoi des additions ? Payer l’addition est d’après moi un des maillons indispensables pour accéder à cette foutue égalité.
  • Non, les additions, on vous les laisse. Il faut bien que vous conserviez quelques prérogatives, non ?
  • Moi aussi je suis pour l’égalité des sexes. Et c’est pour cette raison, pour vous, pour vos consœurs, et pour votre combat à toutes que je vais vous laisser ici, chère Tatiana. Je me suis bien amusé, mais les plaisanteries les plus courtes, sont les meilleures ! Et mes chaussures, je vous les offre !

Jean-Pierre monta dans son Uber, et disparut derrière ses vitres noires.

  • Salaud ! J’ai crié.

Puis la Bentley fila vers l‘Obélisque,

J’ai sorti mon téléphone pour m’appeler un uber, un vrai, pas un escroc comme Jean-Pierre. J’avais 31 appels manqués de Baptiste. Oups.

Je l’ai rappelé.

  • Hello Baptistou! C’est moi !
  • T’es où ?
  • A paris, chéri, et toi ? Comment ça va ?
  • Marie, je t’ai appelé des centaines de fois, pourquoi tu ne répondais pas, bordel merde !!!
  • J’étais sur silencieux. J’avais pas vu.
  • Tu m’emmerdes avec ton silencieux, j’étais sur le point d’appeler les flics, nom de dieu !
  • J’le ferai pu.
  • T’es encore ivre, BB ?
  • Non non.
  • T’es où ? Je viens te chercher.
  • Place de la concorde.
  • J’arrive. Où ça, place de la concorde ?
  • Devant le Triztz.
  • Hein ?
  • Non, attends, devant l’Obélikse. Tu sais quoi ? Devant le métro. Hé, chéri, tu chausses du combien ?
  • Du 43 pourquoi ?
  • J’ai des Berluti pour toi. Hé ouais.
  • D’où tu les sors ?
  • T’occupe, je les ai trouvées.
  • Tu as trouvé des Berluti dans la rue ?
  • Parfaitement.
  • T’as dépouillé un riche au Ritz, BB ?
  • Merde, comment t’as deviné ?

Pendant que je bavardais avec mon Baptiste, un uber s’arrêtait devant moi au feu rouge. Ni une ni deux, je suis montée dedans.

  • C’est bon, bapt, j’ai fait. Je suis dans un Uber. J’arrive.

Et puis j’ai raccroché.

  • Amenez-moi chez moi, ai-je fait. Et ksa saute.
  • Votre adresse, mademoiselle.
  • Vous voulez mon 06 pendant que vous y êtes ?
  • Eh bien…. J’allais vous le demander.

Il s’est retourné : c’était mon Jean-Pierre.

  • J’allais pas vous abandonner comme ça.
  • Alors vous allez m’abandonner comment ?

Je cachais ma joie, mais j’étais contente de le revoir, je n’aurais pas su dire pourquoi. Je crois que je l’aimais bien cet escroc.

  • Je vous ai promis un cadeau.
  • Vous avez perdu votre portefeuille. Si c’est moi qui doit payer mes cadeaux, Jean-Pierre, ça n’aura pas la même saveur…
  • Vous inquiétez pas, Tatiana, je l’ai retrouvé. Il était sous le siège.
  • Alors on fait quoi ? Tout est fermé à cette heure-là. Il y a peut-être Rungis, qu’est ouvert.
  • Il y a le drugstore Publicis, aussi.
  • Ah oui ! C’est vrai ça ! Allez ! C’est parti mon kiki.
  • Voilà que vous retrouvez le sourire !
  • Moi, dès qu’il est question de me faire un cadeau ça va tout de suite mieux.
  • Je ne peux pas croire que vous soyez aussi futile.
  • Vous n’avez pas idée comme si.

Deux heures après, avec Jean-Pierre, on avait dévalisé le drugstore. Jean-Pierre m’avait relooké de la tête aux pieds. J’étais enfin devenue une petite poule de luxe. C’était trop chouette. Mais voilà que Baptiste débarquait…

  • Oh ben ! C’est Baptiste ! Mon fiancé ! Mais qu’est-ce que tu fais là mon chéri ?
  • Je viens te chercher.
  • Mais comment tu sais que je suis là ?
  • Tu as posté 50 selfies sur Facebook avec… Jean-Pierre. C’est quoi cette tenue ?
  • Ce sont des cadeaux ! C’est beau, hein ! T’as vu ma tiare ? Et ma robe ? Elle vient de chez Chloé. Et les chaussures, c’est des Marc Jacobs. Et t’as vu ces boucles d’oreilles ? C’est Aurélie Bidermann. Et ce collier ? c’est Dinh Van. Et la montre c’est Poiray. Et ça, c’est des macarons de chez Pierre Hermé. Très bon. T’en veux?
  • Marie, redonne tout ça à ce monsieur.
  • Ce sont des CADEAUX, Baptiste.
  • Je peux te parler en privé ?

Baptiste m’a prise par la main et m’a amené un peu plus loin :

  • J’ai l’air de quoi, moi, BB, hein ? Je tourne le dos 5 minutes et je te retrouve avec tous ces… Vêtements, et ces bijoux, et cette tiare ridicule sur la tête…Tu te conduis comme une poule !
  • Je sais ! Mais c’était pour une expérience, Baptiste !
  • Allons…. BB… S’il te plait.
  • Bon… Pfffff…. Est-ce qu’ il faut que je rende tout ?
  • Oui.
  • Oohhhh… Je peux garder les macarons ?
  • Garde les macarons, si ça te fait plaisir.
  • Et la tiare ?
  • Non.

Je suis donc allée me changer et je suis allée dire au revoir à Jean-Pierre.

  • Je suis désolée.
  • Moi aussi, Tatiana. Mais je suis surtout désolé de ne pas vous avoir rencontré plus tôt. On aurait bien rigolé, tous les deux.
  • Ça c’est sûr. Sûrement plus qu’avec Baptiste. Il peut être très chiant par moment.
  • Je vous aurais amené aux quatre coins du monde avec moi.
  • Oh, ne me tentez pas, Jean-Pierre…
  • Je vous aurais fait pleins d’enfants.
  • Hein ?
  • Je vous aurais…
  • Oui, j’ai compris, mais les enfants, c’est pas trop mon truc.
  • C’est quoi votre truc, Tatiana ?
  • J’en sais trop rien, justement. Je cherche…
  • Ne cherchez pas trop, Tatiana : je crois que vous l’avez trouvé, il est derrière vous.

Je me suis retournée et j’ai vu mon Baptiste qui s’impatientait devant la porte du drugstore.

J’ai embrassé Jean-Pierre, je lui ai dit que je m’appelais Marie Jill Nelson et pas Tatiana Von Ivanovitch. Il a glissé quelque chose dans la poche de mon manteau.

  • C’est quoi ?
  • Attendez ! Vous regarderez plus tard.

Et je suis partie retrouver mon Baptiste.

Dans la voiture, j’ai sorti le petit paquet de ma poche.

Je me disais que si c’était un bouquin, ça allait m’agacer. Je n’aime pas qu’on m’offre des bouquins, je peux me les acheter moi-même. Je préfère qu’on m’offre des bijoux. Des tiares, des trucs comme ça.

C’était pas un bouquin, c’était le DVD de Sabrina.

C’est l’histoire d’une jeune fille qui tombe amoureuse d’un vieux riche…

 

 

 

 

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