Marie Jill Nelson – Episode 20

Hello everybody. Je vous écris de Bali. Et oui, Bali. Invitée par le staff de l’équipe de France qui a besoin de se changer les méninges après leur branlée. J’aime autant vous dire qu’on rigole bien avec Griezman.

Nan. Je blague.

Je suis chez mes grands parents du côté de ma mère, sur l’ile de Ré. Nettement moins drôle.

La famille de ma mère, c’est pas le genre à faire tourner les strings au dessus de la tête. C’est plutôt le genre à ne pas mettre les coudes sur la table, à rire la bouche fermée et à accuser le chien ou la bonne si quelqu’un a pété. Ce qui arrive souvent vu que papy et mamy ont tous les deux de gros gros problèmes gazeux.

En dehors des coups de grisou des deux ancêtres, sur le papier, c’est plutôt sympa : grande maison, grande piscine, grande tablée, grande famille. Mais en vrai, je me demande chaque année, comment je fais pour ne buter personne.

Chaque année, je me dis que je n’irai pas, mais chaque année, j’y retourne. D’abord, parce que j’oublie toujours à quel point ils sont tous cinglés. Et puis c’est beau l’ile de Ré. Je me dis, ça va être chouette, les tantes, les neveux, les cousins, maman, cette grande et belle famille, tous ces membres, si beaux, si brillants, si parfaits qui s’adorent le temps d’un été et se haïssent le reste du temps.

Je pense que quand papy et mamy vont passer l’arme à gauche, la famille va exploser… à quoi ça tient, une famille ? Aux obligations, aux devoirs, aux convenances, et un petit peu à l’amour, je me dis parfois. Oh, je ne suis pas particulièrement pessimiste, mais regardez ce qui se passe au moment des héritages ! Il y a cette phrase de je ne sais plus quel auteur anglais: « vous trouvez que c’est une gentille famille ? Attendez de les voir hériter… ».

Est ce que ça ne serait pas à cause de nos géniteurs que nous sommes si peu enclins à grandir ? Pourquoi serions nous si pressés à reproduire un modèle qui a montré ses limites ?

Ils ont fait des gosses, puis se sont déchirés, puis ont divorcé.

Wao. Super. Ça donne vraiment envie.

Mais tout n’est pas de leur faute. Je veux dire, le divorce ça arrive à des gens très bien.

C’est peut-être le mariage qui est en cause. La famille. Ce huis clos là.

Est ce que ce n’est pas une des plus grande épreuve qui nous est infligée ? Et qui nous prévient ? Personne.

Heureusement, notre génération est assez maline, et a enfin pigé le piège… alors on freine. Normal, non ?

Ce qui m’agace le plus, c’est la multitude d’articles qui nous sont consacrés à nous, les jeunes trentenaires, ou les vieux vingtenaires….

Nous serions attardés, égoïstes, individualistes, narcissiques, et j’en passe.

Mais ne le serions nous pas moins que nos parents ? A part quelques cinglés autour de nous, la plupart de mes ami(e)s qui ont mon âge (un tout petit 29), se demande s’ils ont toutes les qualités, le temps, l’énergie, l’envie, et surtout l’amour à donner à un petit. C’est le contraire de l’égoïsme, il me semble.

Il me semble aussi que notre génération s’échine à réparer les conneries de nos parents et nos grands parents, qui n’ont pas beaucoup fait mieux dans le genre…

Nous traiter d’attardés est complètement injuste.

Aujourd’hui, nous avons intégré le fait que nos retraites seront équivalentes à peanuts, que nos boulots sont aussi stables que notre économie est fragile, que des attentats peuvent nous faucher pendant un concert ou n’importe quelle réjouissance (je pense à Nice et là, je n’ai plus les mots, juste la sidération, la peine et l’espoir que notre gouvernement se bouge un peu…), que les océans où nous baignons contiennent plus de plastique que de poissons… il faut avoir une sacrée dose d’optimisme pour avoir envie de faire un bb dans ce bordel, non ?

Et puis….

On est en vacances, au soleil.

Sur une jolie plage.

Et on oublie tout ça.

Il y a les petits neveux et nièces qui te grimpent dessus alors que t’es en train de bronzer, enduite de monoï de la tête aux pieds sur ta serviette, qui te suppliiiiiient de rererererefaire pour la 56ème fois, le poirier dans l’eau, ou la tortue des mers, ou construire un château de sable, ou ramasser des crabes ou des moules, alors tu y vas, parce que c’est mignon un petit neveu de 3 ans qui te dit : « Marie, tu peux faire encore la grosse totue des mers, s’il te plait ? »

Et puis il y a les ancêtres, papy et mamy, qui même s’ils ont des problèmes de gaz intempestifs, sont quand même bien mignons.

Je les aime bien, les vieux schnocks. Ça doit être dur de se sentir au seuil de la mort. Faut les comprendre aussi. Moi-même, petite fleur de printemps, je flippe à l’idée de mes premières rides, à l’idée de mes 30 ans, à l’idée de devenir adulte, pour toutes les raisons que je viens de citer, alors j’imagine ce qu’ils ont en tête, eux, qui ont 89 ans, qui comprennent rien à ce qui se dit pendant les repas parce que tout le monde parle en même temps, et qu’ils n’ont pas changé les piles de leur appareil auditif, eux, qui ont 53 médicaments à prendre trois fois par jour pour atténuer un peu de leur douleur, eux qui n’ont plus de projets mais que des souvenirs.

C’est aussi pour ça que je viens. Pour voir les vieux schnoks qui me racontent comment c’était, avant. Même si je connais l’histoire par cœur. Et pour ces petits neveux qui m’escaladent sans scrupules au moment où j’en ai le moins envie.

C’est pour la famille.

Alors voilà, c’est compliqué.

Il faut nous comprendre.

On a envie, mais on a un peu la trouille.

Ne nous traitez plus d’individualistes, d’attardés, d’égoïste, etc…

On est juste un peu lucides.

Bon, je dois vous laisser, je dois réfléchir si je réponds à Baptiste.

Il a vu mes photos sur facebook avec mes petits neveux. Celles où je leur fait un château de sable (un truc de dingue, genre sur 2 hectares, avec des coursives, des tours avec des meurtrières, parc arboré, et tout et tout…).

Heureusement, il n’a pas vu celles où je leur tape sur la tête avec ma pelle et mon seau parce qu’ils piétinaient mes contreforts.

Bref.

Il m’a envoyé en MP : délicieux spectacle. Ça te va bien au teint, la marmaille. T’es jolie. Je te souhaite de bonnes vacances. Appelle si tu as envie.

Je réfléchis.

Je vais voir…

En attendant, je vous souhaite à toutes et à tous de fantastiquement chouettes vacances.

Et pas trop de mojitos.

Les Margarita c’est bon aussi.

Bisous !

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