Marie Jill Nelson – Episode 18

J’ai un chien et plus de mec.

Je veux mourir.

Je veux qu’on m’enfouisse sous une tonne de glace au chocolat Häagen-Dazs Secret Sensation. Avec de la chantilly sur le top. (Et un coulis mangue)

Je mourrai glacée, il paraît que c’est la mort la plus douce.

En même temps, c’est les soldes.

Et l’été.

Et qui dit été, dit marcher pieds nus dans le sable chaud, jambes bronzées, cheveux waou, plouf dans l’eau, odeur de monoï, garçons à la peau dorée, verres de rosé pour se récompenser de cette parfaite journée de glande, (ou de Margarita, ou de Mojitos, ou de Spritz), fêtes jusqu’à pas d’heure, et j’en passe.

Je mourrai à l’automne.

L’automne, il pleut, il commence à faire froid, il fait nuit après le déjeuner, on est tout blanc à nouveau, et on en a pour 9 mois…

Et l’automne c’est dans 3 mois.

Autant mourir tout de suite.

Je pense que je suis déprimée. Baptiste me manque. Il ne me rappelle pas. Moi, j’arrive à ne pas l’appeler la journée, genre, reine des glaces, j’assure, je suis de marbre, hein, Baptiste, Baptiste qui ? non connais pas, c’est qui ce con ? Mais le soir, je ne sais pas ce qui se passe, je deviens possédée, et je me lâche… C’est plus fort que moi. Hier, entre 23h et 4h du mat, je lui ai envoyé 67 SMS, que je trouvais super pertinents quand je les écrivais.

En fait, si je veux mourir, c’est aussi parce que je les ai relu ce matin.

La honte. Le déshonneur.

Je lui ai même écrit des poèmes. Et aussi des vidéos que je lui ai envoyé sur WhatsApp. J’étais très fière de celle où je chantais all by myself avec Blacky, je la trouvais hyper émouvante, puissante, même, et chaque fois que je regardais, ça me faisait pleurer. J’étais sûre que ça allait le toucher : ses deux amours qui chantent. Mais c’est sûrement parce que j’avais bu trop de Margarita. Quand on regarde la vidéo, on voit bien que Blacky ne chante pas, même quand je lui tends le micro.

J’ai déjeuné avec Julie et Meylène, je leur ai montré les SMS et les vidéos. Elles ont ri pendant 30 minutes. Garces.

Tellement humiliant…

  • Mais, pourquoi tu as mis une robe à Blacky ?
  • Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je n’étais pas moi-même.
  • Je te donne mon cœur, remplie le de bonheur. Tu me manques, ton absence est fatale, quand je pense à toi, mon cœur s’emballe. Si l’amour se comptait en grain de sable, je t’aimerais comme le désert. C’est… C’est de toi ?
  • Nan, j’ai trouvé ça sur internet. Je sais, je sais, ne dis rien. J’ai peur de recommencer ce soir.
  • Eteins ton téléphone et ton ordi, a fait Julie. Moi, quand ça m’arrive, je les enferme dans le tiroir de ma commode, et je jette la clef dans l’appart en fermant les yeux. Une fois j’ai même fait bloquer mon abonnement chez Bouygues. C’était quand j’ai rompu avec David.
  • Ça ne suffira pas. Je suis incontrôlable, je suis comme possédée. Rien ne peut m’empêcher de lui écrire. C’est affreux. Je n’arrive pas à me raisonner. Baptiste a raison. Je suis complètement immature. J’en peux plus de moi.
  • Je sais ! On va t’exorciser.
  • Comment ça ?
  • Avec des graines de caroubier, a poursuivi Meylène. C’est très bon pour expulser les énergies négatives, tu peux aussi mâcher des feuilles de ribek et du…
  • Tais-toi, Meylène. Tu donneras tes herbes au cochon d’inde de Léo, on va plutôt l’emmener au Pacha ce soir. Il y a Tristan.
  • Tristan est marabout ?
  • Non, Tristan est sexy. Tristan la délivrera du mal qui l’habite. La soustraire de l’emprise du démon.
  • Ouh, ça fout les jetons ton truc. Je me demande si je préfère pas mâcher le ribek.
  • Comme tu veux, faudra pas te plaindre, après.
  • Et puis Baptiste n’est un pas démon. Baptiste était un ange. Et je l’ai perdu.

Je me suis effondrée, la tête dans mon bol de quinoa et j’ai fondu en larmes pour la 27ème fois du déjeuner.

  • Oh, ma bichette, viens, regarde-toi, tu es une fille superbe ! Quand on aura retiré tout le quinoa et le basilic de ton front, quand tu auras retrouvé ton si joli sourire, je suis certaine que tous les garçons vont te reluquer ! Tu vas en retrouver un vite fait. Crois-moi.

Nous étions pourtant loin du restaurant de Baptiste, loin des quartiers qu’il fréquente habituellement…

  • Ne regarde pas. Ne regarde pas ! Ne re-gar-de pas !!! A fait Julie en me tenant à deux mains, la tête en arrière.
  • Laisse ! Laisse-moi, je veux voir ! Même si ça fait mal !

Elle a lâché, et j’ai pu les voir, tous les deux, passer devant nous, tranquilles, main dans la main, sourire con aux lèvres, Baptiste et une fille. Pas terrible d’ailleurs. Vulgaire. Et grosse.

Faux. Elle était sublime. Jambes de 3m50. Petit nez, grand yeux de biche. Cheveux impec. Louboutin aux pieds. Jean taille 34.

Je crois que je n’ai jamais autant souffert de ma vie à part le jour de ma naissance.

Il me semblait qu’un alien poussait dans mon plexus solaire, et mangeait mes poumons.

  • Bois un verre d’eau, ça va aller.
  • Eu vais lui éter la neule à zette bute….
  • Respire, respire, répète après moi : il y a un espace immense, il y a un espace immense, il y a…
  • Boucle-là Meylène, tu vois bien qu’elle est verte, elle peut à peine parler, faut appeler les urgences.
  • C’est le 18 ?
  • Non, c’est les pompiers. C’est pas le 17 ?
  • Je crois que c’est police secours. Et le 196. Ah non, c’est les secours en mer. Est-ce que c’est pas le 114 ? Euh, attends, je crois que c’est pour les sourds.
  • Les sourds ? Mais comment ils font pour…
  • Aaarrhh… c’est le 15… J’ai fait. Déhéchez-hou, je vais hourir…
  • Ok, ma biche, t’inquiète… On les appelle !

Super efficace, le samu. 45 minutes après, ils étaient là.

Du coup, j’ai eu le temps d’aller mieux.

Je ne savais pas qu’ils pouvaient être aussi mignons que ça, les infirmiers du Samu, dites donc !

Dès que je l’ai vu sortir de l’ambulance, j’ai eu comme une rechute. Il a couru au ralenti vers moi. Comme dans Alerte à Malibu.

Dans l’ambulance, je lui ai dit que j’avais mal là, et là aussi, et aussi un petit peu là.

Il m’a mis 48 heures en observation.

Chez lui. Dans sa chambre. A Meudon.

Et c’est vrai que ça va un petit peu mieux…

Je sens que je reprends un peu de poil de la bête.

Mais je suis encore fragile.

Je vais demander 24 heures supplémentaires…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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