Marie Jill Nelson – Episode 17

Nous avions, Baptiste et moi, tenté une expérience afin de savoir si j’étais apte à m’occuper d’un autre être que moi.

Quand nous avons adopté ce bâtard dans ce refuge de Saint-Ouen, Baptiste m’a dit : si ce chien survit plus de trois semaines avec toi, alors peut-être pourrons nous envisager de bâtir une famille.

J’ai lamentablement échoué…

Blacky n’est pas mort, certes, mais d’après Baptiste, je n’ai pas tenu 4 jours avant de dérailler…

Je me retrouvais donc, à présent, mère célibataire. D’un chien, qui plus est.

Baptiste nous avait abandonné, Blacky et moi.

Salaud.

Blacky n’avait pas tellement l’air contrarié, remarquez. Il mangeait toujours autant. 1 kilo de croquettes par jour. C’est beaucoup, pour un chien. Je me demande s’ils nous ont pas refilé un ours, à Saint-Ouen.

Qu’est-ce que j’allais en faire.

Je ne pouvais pas le garder.

Il me rappelait trop Baptiste. La famille recomposée, mais heureuse que nous formions, et tout ça… Les promenades au parc, Blacky qui tirait comme un malade, Baptiste qui râlait, moi qui rigolait, Blacky qui faisait sa crotte, moi qui ramassait, Baptiste qui rigolait…

J’y ai longuement réfléchi. Au moins 2 heures. Et je me suis dit que vraiment, c’était impossible. Je ne sais pas m’occuper de quelqu’un. Je suis une irresponsable. Je suis une fille immature.

La preuve, c’est qu’à 29 ans, je parle de moi en disant fille, au lieu de femme. Hors, à 29 ans, on est une femme, ou tout au moins, une jeune femme. Enfin je crois.

Visiblement, Blacky n’en sait rien. Il s’en lèche le trou de balle. Un chien ne pense qu’à son cul et à la bouffe. (question : est-ce que je ne serais pas un chien ?).

J’ai appelé Meylène et Julie pour une conf call d’urgence. J’étais au bout du rouleau. Mon fiancé venait de me quitter, et je ne savais pas si j’étais une fille ou une femme, ou peut-être même un chien.

En plus, j’avais un ours.

  • Il m’a quitté pour une femme. Moi je suis qu’une fille.
  • Euh, franchement, je vois pas la différence, a fait Meylène.
  • Pour ta gouverne, a fait Julie, une femme porte de la lingerie en soie à 150€, une fille porte du coton à 10€.
  • Je porte de la fibre de bambou recyclé. Je suis quoi ? a fait Meylène.
  • Tu es un panda.
  • Une femme a des cheveux propres tous les jours, une fille s’attache les cheveux avec un chouchou le 3ème jour, a dit Julie. Moi, pour ça, je suis une femme. J’aime quand ça brille, quand c’est lisse.
  • Moi je les attache au bout de deux jours. Ils frisent quand je les voudrais lisse, et retombent à plat quand je les voudrais bouclés. J’ai un rapport très conflictuel avec mes cheveux. On dirait que c’est pas les miens, mais ceux de quelqu’un d’autre.
  • Moi je pratique le No Poo, a fait Meylène. Ça fait 9 mois que je ne me suis pas lavée les cheveux. Et j’ai de super beaux cheveux. Alors, je suis quoi ?
  • T’es une dégueulasse, Meylène.
  • Une femme a des crèmes pour peaux sèches, une fille a des crèmes pour peaux acnéiques à problèmes a fait Julie.
  • J’ai l’impression que j’aurai de l’acné jusqu’à ma mort, ai-je répondu.
  • Une femme change de tenue tous les jours. Une fille peut aller rechercher son jean préféré dans le panier de linge sale.
  • Je le fais tout le temps… C’est sûrement pour ça que Baptiste m’a quitté.
  • Une femme se lave les dents et le visage tous les soirs et tous les matins. Une fille aura la flemme au moins un soir par semaine.
  • J’ai la flemme tous les jours, ai-je dit. C’est mort. Je suis vraiment rien qu’une fille… Va falloir que j’enlève  » en couple » sur Facebook. Est-ce que je dois le défriender?
  • Fais-le avant qu’il ne le fasse. Ce sera trop humiliant.
  • T’as raison… Je verrai sa nouvelle copine, ce sera sûrement une femme avec les cheveux propres et je  m’en remettrai jamais.
  • Le genre à porter de la lingerie en soie à 1000€. Le genre qui n’a pas le cheveux qui frisotte. Le genre qui porte jamais de legging, ni de chouchou, même le dimanche, sauf pour aller courir au parc. Et qui s’endort jamais toute habillée, et qui poste pas des vidéos d’elle en train de faire des concours de shots de vodka, et qui les gagne ! Ahahahahah ! C’que c’était drôle ! Tu te souviens ce soir là ? Quand t’as commencé à te déshabiller sur le comptoir du…
  • Boucle-la Meylene.
  • Quo ? Moi je l’aime comme ça, notre Marie. Baptiste est un con. Tu es une fille géniale, Marie. Et tu trouveras un homme qui t’aime comme tu es.
  • Je trouverai un garçon. Pas un homme. Un homme ça aime les femmes. Moi je trouverai un adolescent attardé qui porte des jeans taille basse qui laisse voir sa raie des fesses et qui écoute de la musique dans son casque pendant qu’il joue de la guitare pendant que sa pizza chauffe au micro-onde. Et puis une femme, ça a un petit chien mignon, un petit Chihuahua, un petit Jack Russell, pas un ours. Je vais le rendre. Ça me fend le cœur mais si je veux devenir une femme, faut que je change du tout au tout. A commencer par le chien.

Blacky avait dû comprendre… Il m a regardé avec cet air d’une infinie tristesse… Et puis soudain:

  • Hey, à fait Meylene, attendez, les filles : écoutez ce que dit le Larousse : Femme: être humain de sexe féminin.
  • Ué, et alors ?
  • Ben, on est des femmes !!!
  • Attends, ils précisent pas s’il faut avoir les cheveux lisses ou si c’est interdit de remettre les fringues de la veille, ou d’avoir un ours?
  • Attends… Non. Ils disent pas. Ils parlent pas d’ours. C est bon !
  • Yahoooouuu ! Je suis une femme ! Faut fêter ça ! Je vous invite au Café Corsé ce soir !
  • Et Blacky, t’en fais quoi ?
  • On l’amène, je le quitte plus, mon ours. Hein mon Blacky!
  • Wouarf!

 

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