Marie Jill Nelson – Episode 16

Voilà. J’ai un chien. Un jeune. Un foufou. Je ne sais même pas ce que c’est comme race. C’est un chien, quoi. Avec des pattes et une truffe. Chaude et mouillée.

Un chien, ça pisse tout le temps. Ca fait caca, ça mange des croquettes qui sentent le pâté, ça remue la queue dès que tu le regardes, ça se met tout d’un coup sur le dos, les pattes écartées et en exhibant son anus, sans la moindre pudeur, pour vous inviter à lui gratter le ventre, (imaginez qu’on fasse ça, nous les humains ! Ils sont fous ces chiens…). C’est très très affectueux, ça vient poser sa truffe sur votre cuisse en vous regardant avec l’air de dire « est-ce que tu m’aiiiimes ? Parce que moi, oui, je t’aiiiime, tu sais ? Je pourrais plus vivre sans toi » alors que ça fait que deux jours qu’on se connaît,  bref, c’est bizarre, un chien.

Mais bon, j’ai promis à Baptiste de bien m’en occuper pour lui prouver que j’étais une adulte qui pouvait être responsable de quelqu’un d’autre qu’elle-même. Genre, le test avant le bébé.

J’ai commencé par lui mettre une couche pour qu’il apprenne à être propre entre deux sorties pipi/caca.

Mais Blacky n’aime pas les couches. Il essaie de les arracher. Il m’a bousillé 3 paquets de Pampers. Alors je l’ai grondé, et il a fait ses yeux de chien battu. Ça m’a fendu le cœur, alors je lui ai dit, viens, on va se faire une gaufre au Nutella.

Après la gaufre, il avait oublié notre dispute. Et il s’est endormi, la truffe sous la patte. Trop mignon.

Meylène m’a appelé juste quand il venait de s’endormir. Il a bougé une oreille, ouvert un œil, vérifié que j’étais toujours là et s’est rendormi.

  • Ué, qu’est-ce que tu veux, ma bichette ?
  • Tu viens à la manif ce soir ?
  • Je peux pas, j’ai le chien.
  • Ammène-le !
  • T’emmène tes gosses, toi, à la manif ?
  • Non, mais c’est pas des chiens, c’est des enfants, c’est pas tout à fait pareil.
  • Blacky est comme un enfant. c’est un test de Baptiste, t’as pas compris ? Et j’ai pas intérêt à le rater, j’ai comme l’impression que c’est ma dernière chance.
  • Comme tu veux. Mais c’est un chien. C’est pas un enfant. d’ailleurs si c’était un enfant, tu ne l’aurais sûrement pas appelé Blacky.
  • Je sais pas… Ma mère voulait m’appeler Yellow parce que j’avais la jaunisse quand je suis née. Merde, Julie m’appelle sur l’autre ligne.
  • Bon, mais tu viens pas au restaurant aujourd’hui non plus ?
  • Ben je fais quoi du chien ?
  • Mais tu vas arrêter de bosser parce que tu as un chien ?
  • T’as raison. Faut que je trouve une crèche.
  • Les crèches sont faites pour les enfants. Pas sur qu’ils acceptent ton chien.
  • Merde, t’as raison. Comment je vais faire ?
  • Ta mère peut pas le prendre?
  • Ma mère nous mettait du Lexomyl dans nos biberons, t’as vu le résultat ? Je ne lui confierais jamais mon chien. Mais comment font les gens qui ont des chiens bon sang de bonsoir ! La société n’est pas faite pour les propriétaires de chiens. C’est nul.
  • Enfin bon, je veux pas dire, mais c’est pire pour les mères célibataires qui bossent.
  • T’as raison. Comment elles font ?
  • Elles se démerdent. C’est dur.
  • Ben je vois déjà comme c’est dur avec un chien ! Meylène, je vais trouver une solution. Après tout, je suis une mère res-pon-sa-ble !
  • Il a peut-être pas eu une mauvaise idée, Baptiste avec ce chien… ça va peut-être faire de toi une adulte ! hâte de voir ça ! à tout à l’heure, bisou.

J’ai raccroché en me disant que moi aussi, je trouvais que c’était pas une mauvaise idée… Et j’ai pris Julie qui insistait :

  • Darliiing ?
  • Yes ma poule ?
  • Devine
  • Quoi ?
  • Devine
  • Quoi ?
  • Ce soir, qui vient au Truck?
  • Je sais pas.
  • Julien
  • Nan
  • Si
  • Nan
  • Si

Julien, c’est un copain avocat. Très TRÈS mignon. Et avec qui je rigole bien. En tout bien tout honneur, of course, puisque je suis avec Baptiste, hein.

  • Je peux pas venir. J’ai le chien.
  • Tu le laisses chez toi !
  • Je peux pas, il mange mes chaussures, il pisse partout et il aboie.
  • Tu le laisses à Baptiste !
  • Je peux pas. C’est un test. C’est comme si c’était notre bb et je peux pas lui laisser le bb pour sortir surtout si c’est pour boire des coups avec Julien. C’est pas très moral.
  • Ben amène-le. Il est mignon, et julien aura sûrement ses chiens.
  • Ah oui, c’est vrai, ses Jack Russel. Mais ils sont mauvais, un peu, non, ses Jack Russell ? Bon. Ben, ok. J’amène Blacky. Mais on dit rien à Baptiste, ok ?
  • T’as ma parole !

C’était une super soirée. On a bien rigolé. Jusqu’à ce que ça tourne au drame.

Mais je suis fière de mon Blacky. Il ne s’est pas laissé faire par ces deux petites saloperies de roquets.

Bilan : 1 mort du côté des Jack Russell.

Ils n’auraient jamais dû attaquer mon Blacky.

C’est qu’un bâtard, mais il a du répondant, ce petit.

C’est Baptiste qui n’était pas content quand il a vu la vidéo sur WhatsApp. J’avais oublié qu’il était dans le groupe des lapins crétins.

Il a donc tout vu.

Il m’a vu boire/discuter/rire/chuchoter/glousser/m’esclaffer/avec Julien, il a vu Blacky, qui en avait marre que je ne m’occupe pas de lui, et qui s’est mis à aboyer après Julien qui lui a donné un coup de pieds, alors j’ai giflé Julien parce qu’on ne frappe pas mon Blacky, et c’est là que tout a cafouillé : les deux roquets n’ont pas aimé que je gifle Julien et m’ont attaqué les mollets, mais mon Blacky m’a vengé et il y avait du poil et du sang qui volaient, je peux vous dire !

Julien a rassemblé les morceaux de ses deux boulettes enragées, et mon Blacky est revenu vers moi, tout fier, la queue d’un des Jack dans la gueule. Ce que c’était drôle… Ce qu’on a rigolé avec Julie… En postant la vidéo sur WhatsApp…

Et puis soudain, j’ai reçu ce sms de Baptiste : Je vois que tu t’occupes de Blacky comme une vraie mère. (ps : Blacky n’est pas un chien de combat). Tu es irrécupérable. Adieu.

Je l’ai appelé 136 fois. Il ne répond pas.

 

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