Marie Jill Nelson – Episode 14

Il y a deux semaines, Baptiste m’a demandé en mariage.

J’espérais un peu qu’il oublie, que le sujet passe à la trappe, mais non. Avant-hier matin, au réveil, il me l’a rappelé, en collant sa truffe dans le creux de mon cou, et une main sur mon sein droit, une approche fourbe qui le conduit généralement à me chevaucher, quelques secondes plus tard, sauf quand je suis de mauvais poil et que je l’envoie, d’un revers du droit, direct au pied du lit.

Je ne suis pas tellement du matin. En fait, je ne suis pas du tout du matin. Ni du milieu de la nuit. Il sait qu’il ne doit pas me réveiller au milieu de la nuit pour faire l’amour, je peux me montrer vraiment désagréable.

Je suis du soir, tranquille, ou de l’après-midi. Il faut, en tout cas que ce soit quand j’en ai envie, en fait.

Bref, là, j’étais mal réveillé, et donc, de mauvais poil. Ça tombait mal…

  • Dis-donc, toi, tu ne devais pas répondre à ma question, hier ? Tu crois t’en tirer comme ça ?
  • Hein ? Je ne vois pas de quoi tu parles… Quelle question ?
  • Le mariage…
  • Le mariage de qui ?
  • Le nôtre, patate.
  • Je déteste mais je déteste quand tu m’appelles patate, c’est vraiment ridicule. Et à force de me le répéter, j’intériorise le fait d’être une patate. Et ça te donne l’air con, en plus. Merde, voilà, tu m’as mis de mauvais poil.

J’ai glissé sous la couette, et lui ai mis un coup de coude dans le foie, au passage, sans vraiment faire exprès…

  • Bien, je vois qu’on a mal dormi. On reparlera de tout ça plus tard. Il s’est levé,  et il a quitté la chambre.

Et hop, voilà comment gagner un peu de temps…

Mais après quelques secondes, je commençais à sentir la culpabilité me gâcher le sommeil.

  • Chéri ? Amour ? Tu es là ?

Il ne revenait pas. Il boudait. Râaaa,  je déteste quand il boude. Moi je ne boude jamais. Je râle, je crie, j’insulte, je m’emporte, je tape, je griffe, mais je ne boude jamais, ou alors, il suffit, si je boude, qu’on me tende un bout de gâteau et j’arrête net. J’ai dû me lever dans le froid (on est début juin et j’ai ressorti ma Canada Goose et mes cuissardes de pêche) et je l’ai rejoint dans la cuisine.

(On était chez lui. En fait, on est 2 jours chez lui, 2 jours chez moi… Et on tourne comme ça depuis 4 ans. Et moi ça me convenait…).

  • Tu boudes ?
  • Pas du tout.
  • Si, tu boudes. Je te demande pardon. Je suis parfois un peu brutale.
  • Un peu ? Tu veux que je te montre toutes mes cicatrices ? Tu es un animal, Marie. Tu peut être aussi douce qu’un petit chaton et aussi hystérique qu’une hyène. J’en ai mare de ces sautes d’humeur. Et on ne peut même pas mettre ça sur le compte de la ménopause.
  • On n’en sait rien, je suis peut-être un petit peu en avance.
  • Arrête… Et puis tu as trop tardé à me répondre. Je comprends ce que ça veut dire. Affaire qui traîne, affaire malsaine.
  • Je peux très bien te répondre, ai-je fait, alors que ça m’arrangeait très bien en réalité de ne pas répondre vu que je n’avais toujours pas pris ma décision, et que j’étais plutôt tentée de dire non, non non, je ne veux pas me marier, au secours !!! Laissez-moi sortir. Absolument, je peux très bien te répondre tout de suite, mon amour.
  • Non, ça ne m’intéresse plus, si tu veux savoir. Je crois que nous ne sommes pas prêts. Enfin, toi, surtout. Et moi, j’ai besoin de quelqu’un de prêt. De mûr, de mâture, même. J’ai une fille, comme tu le sais, et j’ai besoin de quelqu’un qui m’épaule, je sais que j’en demande beaucoup, mais j’ai besoin d’une femme capable de s’occuper avec moi d’une petite fille de 4 ans, qui peut l’emmener au cinéma pour voir autre chose que des films comme Shining ou paranormal activity.
  • C’est elle qui voulait les voir… Je te jure…
  • J’ai envie d’une femme qui préfère sortir avec moi plutôt qu’aller faire des concours de mojito en boite.  J’ai envie d’une femme qui voit le couple comme une grande et belle aventure, plutôt que comme une amitié virile, une femme qui ne vomit pas à l’idée d’aller dîner chez mes parents, une femme qui a envie de dormir avec moi tous les soirs, mais qui ne s’endort pas sur moi toute habillée après sa cuite au mojito, une femme qui ne voit pas le divorce comme une fatalité, le mariage comme une perte de son indépendance et son mari comme un geôlier. Et surtout, j’ai envie d’une femme qui soit fidèle.
  • Mais je suis fidèle !
  • Tu crois que je ne t’ai pas vue avec mon jeune commis ? Et avec ce vieux, là, à qui tu as piqué les chaussures ? Et je ne te parle pas de Patrice à qui tu as roulé une pelle à la fête de son anniversaire… Ni de mon père que tu as honteusement dragué, Noël dernier, ni de…
  • Ok ok ok ok, je te demande pardon… Je ne le ferai plus. et je voulais être sûre que je faisais le bon choix….
  • Tu ne supporterais pas la moitié de ce que tu t’autorises, Marie.
  • J’aime pas quand tu m’appelles Marie… C’est pas bon signe… Je préfère encore que tu m’appelles patate.
  • Non, en effet, c’est pas bon signe. En fait, je ne veux pas épouser femme qui pense d’abord à elle.
  • Ah, et donc ? Tu ne veux plus m’épouser ?
  • Ben non.
  • Hein ?!??  Mais enfin c’est scandaleux, j’allais justement te dire oui !
  • C’est trop tard.
  • Mais non ! Enfin ! Je t’interdis !

Voilà, c’est tout moi, ou tout nous, les filles. On n’aime pas être empêchées…

Il suffit qu’on nous supprime un droit dont on n’avait rien à faire auparavant, pour qu’il nous devienne soudain vital ! C’est comme le jour où je suis bêtement devenue végétarienne. Depuis, je rêve chaque nuit que je mords un bœuf. Ou alors quand j’ai donné mon jeans taille haute à Meylène, parce que je l’avais pas mis depuis cinq ans, le lendemain, j’allais pleurer à sa porte parce que soudain, j’avais envie de le mettre…

Bref. Voilà qu’à présent je voulais me marier, rien que pour l’emmerder…

 

 

 

 

 

 

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