Marie Jill Nelson – Episode 11

  • Je veux un bébé.
  • Ok, je t’en ramène un ce soir.
  • Baptiste, arrête, je suis sérieuse.
  • Marie, on a eu cette conversation des milliers de fois. Tu veux un bébé à tout prix le lundi, et le mardi tu as changé d’avis.
  • Là, c’est différent. Je me sens prête. Viens.
  • Attendons demain, tu veux bien ?
  • Viens. Prends-moi. Fais-moi un bébé.
  • Marie, je suis déjà en retard.
  • Viens, je te dis !

 

Baptiste a beaucoup de mal à me résister. Nous avons donc fait l’amour comme des sauvages assoiffés de sexe et de stupre. La chambre était sans dessus dessous, le lit retourné, les rideaux déchirés. (On ne fait pas l’amour à moitié). Puis Baptiste est parti au restaurant et moi j’ai fait le poirier pour multiplier les chances d’avoir ce bébé.

Julie et Meylène m’ont WhatsAppée à ce moment-là.

 

  • Julie : Tu fais quoi, poulette ?
  • Moi : Le poirier.
  • Meylène : Tu ferais mieux de venir au resto, y’a une fuite sous l’évier.
  • Moi : Je ne peux pas, je fais le poirier. Appelle un plombier.
  • Julie : Tu t’es encore mis en tête d’avoir un mouflet ?
  • Moi : Absolutely, et cette fois, rien ne m’y dissuadera. J’en veux vraiment un. Je suis ready.
  • Julie : Tu es donc ready à avoir des vergetures sur tout le corps ? Et le vagin dilaté ?
  • Meylène : Julie, pour la dixième fois, je n’ai pas le vagin dilaté. Et Andreas pesait 4.5kg à la naissance.
  • Julie : Mon dieu quelle horreur…
  • Meylène :  Si tu daignais le voir un peu plus souvent, je t’assure que tu changerais d’avis.
  • Julie : Je t’adore Meylène, et je suis sûre qu’Andréas est mignon tout plein, mais l’idée qu’une chose avec une tête grosse comme… je ne sais pas… Disons comme une salade iceberg sorte de mon corps, me donne envie de pleurer. Et puis, je n’aime pas trop les bébés. C’est écœurant. Ça sent toujours le caca, le vomi, le lait caillé ou la lingette.
  • Meylène : Je pense que si les bébés te dégoûtent tant, Julie, c’est parce que tu penses qu’ils vont déformer ton corps parfait.
  • Julie : Exact.
  • Meylène : Et aussi parce qu’ils représentent une atteinte à ta liberté.
  • Julie : Absolument.
  • Meylène : Et aussi parce qu’un bébé pourrait compromettre ta carrière de brillante avocate.
  • Julie : Tout juste.
  • Meylène : Ma chérie, un jour tu auras envie de chérir un être plus que les autres, tu auras envie de lui donner ton amour le plus absolu, le plus profond, le plus entier et ce ne sera pas un sac Dior ou une paire de Louboutin, ce sera ton bébé, ton enfant, tu verras, tu en auras envie, tu en auras besoin, parce que c’est dans notre nature ! Nous avons un utérus pour donner la vie et l’amour ! Ne néglige pas l’instinct maternel, Julie, car tu l’as, comme nous toutes, comme les mamans ours, comme les mamans chiens, et les mamans éléphants.
  • Julie : Meylène, tu as fumé ce matin ?
  • Moi : Cela dit, j’ai vu une vidéo d’une maman ours qui protège son ourson, c’est quand même… Waou.
  • Julie : L’instinct maternel n’existe pas chez les humains. C’est scientifique. Désolée de vous décevoir.
  • Meylène : Je vais t’envoyer des vidéos te prouvant l’existence de cet instinct que tu ne peux nier.  C’est très toxique de renier cette partie de soi. De rejeter cet instinct. En gros, Julie, tu te prives d’un enfant pour mieux gérer ta carrière. C’est très con. C’est comme se priver de la vue pour mieux entendre.
  • Moi : Moi je commence à en avoir marre de ma liberté et de mon corps qui n’est pas si parfait que ça, soit dit en passant. J’en fais rien de si extraordinaire…
  • Julie : Et qu’est-ce que tu fais de nos soirées karaoké ? Et nos vacances à Ibiza ? Et nos concours de tee-shirt mouillés ? N’est-ce pas l’essence même de l’existence ?
  • Moi : Tu trouveras une autre partenaire de jeu, ma chérie. Moi, je veux donner la vie ! Je veux enfanter ! Je suis super ready.
  • Julie : Hors de question que tu m’abandonnes ! On ne se verra plus ! Je ne vois plus aucune de mes copines qui ont eu un mouflet ! Ou si je les vois, c’est dans la poussière des parcs, ou chez elle, au milieu d’un tas de jouets stupides, laids et bruyants et elles veulent absolument me le coller sur les genoux ! Je ne parle pas la langue bébé, moi ! On connecte pas, eux et moi. J’ai juste peur qu’ils me vomissent sur le tailleur. C’est triste, mais c’est comme ça. Je préfère encore les chats.
  • Meylène : tu as 30 ans bientôt.  Tu devrais y songer.
  • Julie : Non, justement. Si un jour j’ai un enfant, c’est pas avant la retraite. Je veux profiter de la vie avant. Quoi que vous en disiez, avec un bébé, la vie n’est plus pareil. Tu n’as plus les mêmes libertés. L’enfant est un frein à nos libertés, les filles ! Nous devenons des esclaves, cernées, épuisées, notre vie devient indexée à la sienne, à ses repas, ses cacas, ses rototos, ses régurgitations, ses premiers balbutiements, ses…. Oh merde, la liste est trop longue ! Moi, je veux partir en week-end quand j’en ai envie, aller prendre des verres quand j’en ai envie, je veux faire des grasses mat quand j’en ai envie, je ne veux pas avoir de vergetures, je ne veux pas avoir des montées de lait pendant mes réunions, je ne veux pas passer mes soirées à ranger ses jouets qui traînent dans le salon, je ne veux pas aller au jardin d’acclimatation tous les week-end, je hais les parcs avec tous ces enfants qui crient, je ne veux pas acheter de youpala, ni de poussette, ni de stérilisateur à biberons, je ne veux pas transformer mon appartement en centre pédiatrique. Je ne veux pas parler bébés avec mes copines, ça m’intéresse pas du tout, ça me donne des sueurs froides quand elles se mettent toutes à parler de leur bébé. Je ne veux pas essayer de deviner ses pensées chaque fois qu’il se mettra à pleurer : T’as mal où, hein ? Montre à maman, au ventre ? A la tête ? Aux pieds ? Hein ? T’as mal où ? Montre à maman ! Non, je pourrais pas…. Je ne veux pas m’inquiéter pour quelqu’un d’autre que moi. Je suis égoïste, les filles. Vous le savez bien.
  • Moi : Oui, et c’est pour ça qu’on t’aime.
  • Meylène : oui, c’est parce que t’es qu’une garce qu’on t’aime autant.
  • Moi : Bon, j’ai trop de sang dans le cerveau, faut que j’arrête le poirier sinon je vais exploser.
  • Julie : Marie, t’as pas oublié l’after-work ce soir? Damien sera là. Julien aussi, je crois. Et ce mec qui bosse chez Abercrombie.. Euh…
  • Moi : Adam Pressman?
  • Julie : C’est ça ! Ah ben, non, tu peux pas, j’avais oublié. T’es en cloque. Bon. Ben on se prend un thé vert demain. Biz.
  • Moi : Julie ? Attends!
  • Julie :….
  • Moi : Julie ???? Attends ! Attends… C’est pas dit que je sois enceinte, hein ! Julie ? Ok, ok, OK, t’as gagné ! T’es contente ? Je viens ! File l’adresse.
  • Meylène :  Tu passes d’abord au restaurant pour la fuite ou bien… ?

 

 

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